TCA et auto-sabotage : Pourquoi une partie de vous ne veut pas guérir ?

L’hypnose ne se substitue pas à un suivi médical. Raphaël (l’auteur) n’est pas médecin. Parlez-en à votre médecin traitant au préalable.

En bref

L’auto-sabotage dans les troubles alimentaires n’est pas un manque de volonté. C’est souvent une protection inconsciente : si je m’autorise à aller mieux, qu’est-ce que je perds ? Le poids ? L’identité ? La relation avec mes proches ?

Ces freins invisibles opèrent en dehors de la conscience, et c’est précisément là que l’hypnose intervient — en travaillant directement avec la partie de vous qui sabote.

« Je ne comprends pas. Dès que ça va un peu mieux, je fais tout pour que ça foire. C’est comme si une partie de moi ne voulait pas libérér… »

Cette phrase, c’est celle de Manon, 32 ans, épuisée par une décennie de lutte contre la boulimie puis l’hyperphagie. Elle arrive dans mon cabinet avec l’énergie du dernier espoir. Elle a tout essayé : les régimes, les nutritionnistes, les psychologues. Chaque fois, le même scénario. Une période d’accalmie, une lueur d’espoir, puis une crise, violente, démesurée, qui anéantit tous ses efforts.

Elle se sent nulle. Faible. Incohérente.

Pourtant, ce qu’elle décrit, ce n’est pas un manque de volonté. C’est un mécanisme de défense puissant et terriblement logique : l’auto-sabotage.

Femme poupee marionnette manipulation auto-sabotage TCA

Pourquoi la volonté ne suffit-elle pas face aux TCA ?

On nous a appris qu’il fallait « vouloir pour pouvoir ». Alors quand on veut de toutes nos forces sortir de l’enfer de la boulimie ou de la perte de poids liée à l’hyperphagie, et qu’on échoue, la conclusion est simple : on ne veut pas vraiment. On est coupable.

C’est faux. Terriblement faux.

L’auto-sabotage, c’est votre partie consciente qui appuie sur l’accélérateur pendant que votre inconscient écrase la pédale de frein. Vous pouvez avoir toute la volonté du monde, si une partie de vous freine des quatre fers, vous faites du sur-place en brûlant toute votre énergie.

Les régimes et le contrôle ne font qu’aggraver ça. Ils crient sur la partie de vous qui freine, la juge, la punit — et la culpabilité qui en découle aggrave tout. Résultat ? Elle freine encore plus fort. Vous n’êtes pas faible. Vous luttez simplement contre la mauvaise partie de vous-même, avec les mauvaises armes.

L’auto-sabotage est-il un mécanisme de protection inconscient ?

Le déclic pour Manon, ça a été de comprendre pourquoi cette partie d’elle sabotait tout. Et la réponse est toujours la même : pour la protéger.

Oui, vous avez bien lu.

Votre inconscient, dans sa grande sagesse, a associé la libération à un danger.

Quel danger ?

  • La peur du vide : « Si je ne suis plus obsédée par la nourriture, qui suis-je ? De quoi vais-je remplir mes journées et mes pensées ? » Le TCA, aussi douloureux soit-il, est un compagnon familier — parfois même ce gras qui vous protège remplit un rôle inconscient. La libération est un territoire inconnu et angoissant.
  • La peur de ne plus être aimée : Parfois, le trouble alimentaire est une façon (inconsciente) d’exister, d’attirer l’attention, ou de maintenir un équilibre dans la famille. Libérér, c’est prendre le risque de bousculer tout ça.
  • La loyauté à une souffrance passée : L’auto-sabotage peut être une manière de rester fidèle à une blessure. Comme si aller mieux était une trahison envers la petite fille qui a souffert.

Cet auto-sabotage n’est pas un signe de faiblesse, mais un mécanisme de survie dépassé. Votre inconscient utilise une vieille stratégie pour vous protéger d’une peur bien plus grande que celle de faire une crise.

En thérapie, on appelle cela un bénéfice secondaire : votre TCA, malgré toute la souffrance qu’il cause, remplit une fonction. Il comble un vide, protège d’un danger perçu, ou maintient un équilibre fragile. Tant que ce bénéfice secondaire — l’un des sabotages inconscients qui freinent la perte de poids — n’est pas identifié et remplacé par quelque chose de plus sain, votre inconscient n’a aucune raison de lâcher prise.

Comment l’hypnose aide-t-elle à dialoguer avec la partie qui sabote ?

Alors, on fait quoi ? On continue à se battre ? Non. On change de stratégie. On arrête la guerre et on commence le dialogue. C’est là que l’hypnose change radicalement la donne pour sortir des troubles du comportement alimentaire.

L’hypnose ne sert pas à « forcer » l’inconscient à obéir. Elle permet de créer un pont, un espace de discussion sécurisé entre votre désir conscient de libérér et les peurs de votre partie inconsciente.

En séance, on ne va pas dire à cette partie « Arrête de saboter ! ». On va lui demander :

  • « De quoi as-tu si peur ? »
  • « De quoi essaies-tu de la protéger ? »
  • « De quoi aurais-tu besoin pour te sentir en sécurité et la laisser avancer ? »

C’est une négociation, un acte de paix. On rassure cette partie, on reconnaît son intention positive, et on lui propose de nouvelles façons, plus saines, de jouer son rôle de protectrice. C’est une approche douce qui marche pour la boulimie comme pour la perte de poids visée après des années d’hyperphagie. La plupart des solutions qu’elle a testé avant étaient vouées à l’échec car elles ne s’adressaient pas au bon interlocuteur.

L’hypnose ne force rien. Elle ouvre une porte pour que votre conscient et votre inconscient puissent enfin travailler ensemble vers le même objectif : votre liberté.

Arrêter de s’auto-saboter, ce n’est pas devenir plus forte. C’est devenir plus alignée. Ce n’est pas gagner une guerre contre soi-même, mais signer un traité de paix.

Comment reconnaître l’auto-sabotage dans votre quotidien ?

L’auto-sabotage est rarement spectaculaire. Il se glisse dans les petits gestes du quotidien que vous ne remarquez même plus :

Vous faites vos courses « pour la semaine »… et tout disparaît en deux jours. Pas parce que vous êtes gourmande — mais parce qu’une partie de vous refuse que ces aliments restent là, disponibles, tentants.

Vous annulez un rendez-vous qui pourrait vous faire du bien. Un accompagnement, un cours de sport, une sortie entre amies. Au dernier moment, quelque chose vous retient. « Pas aujourd’hui. » Ce « pas aujourd’hui » dure depuis des mois.

Vous vous punissez après une crise au lieu de chercher à comprendre. Restriction le lendemain, sport excessif, silence. Cette punition prépare exactement la prochaine crise.

Reconnaître ces schémas, c’est déjà le début du changement. En séance d’hypnose, on apprend à observer ces automatismes sans les juger — et à dialoguer avec la partie de vous qui les met en place.

Comprendre l’auto-sabotage en vidéo

Et si le premier pas pour arrêter de vous saboter n’était pas de vous battre plus fort, mais de vous écouter plus profondément ?

Si une partie de vous semble saboter chaque tentative de changement, l’hypnose permet de dialoguer avec cette partie — non pour la combattre, mais pour comprendre ce qu’elle protège et trouver un autre chemin.

Raphaël, hypnothérapeute spécialisé TCA

Raphaël

Hypnothérapeute · Spécialiste TCA · 10 ans de pratique · Paris

Cet article est rédigé à partir de mon expérience de terrain auprès de plus de 1000 femmes accompagnées en hypnose pour les troubles du comportement alimentaire.

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